Installer une application de coparentalité, ce n'est pas installer une application de météo. Vous y déposez le calendrier de vos enfants, leurs rendez-vous médicaux, vos échanges avec l'autre parent, parfois des documents de procédure. C'est probablement le dossier le plus intime que vous confierez jamais à un service en ligne.

Cette question mérite mieux qu'une case cochée à l'installation. Voici les neuf questions à poser avant de déposer la vie de vos enfants quelque part — et, à la fin, nos propres réponses, pour que vous puissiez les comparer à celles des autres.

1. Dans quel pays les données sont-elles physiquement stockées

Une application n'est pas un endroit. Vos données vivent sur des serveurs, et ces serveurs sont dans un pays, soumis au droit de ce pays. C'est la première chose à vérifier, et c'est rarement la plus visible.

Un hébergement dans l'Union européenne place vos données sous le régime du RGPD : droit d'accès, droit de rectification, droit à l'effacement, obligation de notification en cas de fuite. Un hébergement hors Union européenne peut rester conforme sur le papier, via des mécanismes de transfert encadrés, mais l'accès aux données par des autorités étrangères devient une question réelle, régulièrement débattue devant les juridictions européennes.

Où chercher l'information

La politique de confidentialité doit indiquer le lieu d'hébergement. Si elle ne le dit pas, ou si elle se contente d'une formule vague sur des « partenaires internationaux », c'est en soi une réponse. Une entreprise qui héberge en Europe le fait savoir, parce que c'est un argument.

2. Qui peut lire vos messages

La deuxième question est distincte de la première. Des données peuvent être hébergées en Europe et rester lisibles par l'éditeur du service, ses salariés, ses prestataires techniques.

Le chiffrement change cette donne, mais tous les chiffrements ne se valent pas. Le chiffrement du transport, celui qui met un cadenas dans la barre du navigateur, protège vos données pendant le trajet, pas une fois arrivées. Le chiffrement en base, lui, rend les contenus illisibles pour qui consulte le serveur directement.

La question à poser est simple : l'éditeur peut-il lire mes messages s'il le veut ? Une réponse claire existe toujours. Une réponse évasive en est une aussi.

Et il faut poser tout de suite la question suivante, parce qu'elle vide parfois la première de son sens.

3. Vos données passent-elles par une intelligence artificielle

Les fonctions d'intelligence artificielle arrivent partout, y compris dans les applications familiales : résumer une conversation, reformuler un message écrit sous le coup de la colère, détecter un ton agressif, suggérer une organisation, répondre à vos questions dans un assistant intégré. Certaines de ces fonctions sont réellement utiles. Aucune n'est neutre du point de vue de vos données.

La mécanique est simple, et rarement expliquée. Pour qu'un modèle traite un texte, il faut le lui donner en clair. Le message est donc déchiffré, puis transmis. Si le modèle appartient à un fournisseur tiers, ce qui est le cas de la quasi-totalité des applications, votre contenu quitte l'infrastructure de l'éditeur, atterrit sur des serveurs qui ne sont pas ceux annoncés dans la politique de confidentialité, et sort fréquemment de l'Union européenne.

Ce que « chiffré » ne veut pas dire

Le chiffrement protège les données stockées, pas les données traitées. Un éditeur peut donc affirmer sans mentir que vos messages sont chiffrés, et les envoyer malgré tout à un modèle qui les lit en clair. Les deux phrases sont compatibles. C'est pour ça qu'il faut poser les deux questions.

Les quatre points à vérifier

  • Quelles fonctions appellent un modèle, et sur quels contenus : vos messages, vos notes, vos dépenses, les informations sur vos enfants ?
  • Où tourne ce modèle, et qui l'édite. Un modèle exécuté sur les serveurs européens de l'éditeur et un modèle appelé chez un fournisseur étranger n'ont pas les mêmes conséquences.
  • Ce que le fournisseur fait des contenus reçus. Deux points distincts : sont-ils utilisés pour entraîner le modèle, et combien de temps sont-ils conservés côté fournisseur. Une rétention de quelques semaines à des fins de sécurité est courante, y compris quand l'entraînement est exclu contractuellement.
  • Qui décide. La fonction est-elle activable et désactivable, ou allumée par défaut ? Et dans un espace partagé, l'accord d'un seul parent suffit-il à envoyer des échanges qui concernent les deux ?
Le cas particulier de la coparentalité

Ce qui circule dans ces applications n'est pas une conversation ordinaire. C'est le récit d'un conflit familial, parfois destiné à être produit devant un juge, et il porte sur des enfants mineurs qui n'ont rien consenti. Faire transiter ces contenus par un modèle tiers n'est pas un détail technique : c'est une décision qui devrait vous être présentée clairement, et pas enfouie dans une mise à jour des conditions générales.

Rien de tout cela ne fait de l'intelligence artificielle un problème en soi. Une reformulation qui désamorce un message avant qu'il ne parte peut éviter des mois de tension. Mais un service qui ajoute ce genre de fonction vous doit une explication franche : ce qui part, où ça va, et qui l'a décidé.

Chez nous, la réponse tient en une ligne

Copalio n'embarque aucune fonction d'intelligence artificielle. Vos messages et vos notes sont chiffrés, hébergés dans l'Union européenne, et ne sont transmis à aucun modèle.

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4. Comment le service gagne-t-il de l'argent

Un service coûte cher à faire tourner : serveurs, développement, support, mises à jour, conformité. Cet argent vient de quelque part. Il n'y a que trois possibilités, et il est sain de savoir laquelle vous concerne.

  • Vous payez. Le modèle le plus lisible : le service vit de ses abonnés, ses intérêts sont alignés avec les vôtres.
  • Quelqu'un paie pour vous atteindre. Publicité, partenariats commerciaux, offres poussées dans l'interface. Vos données servent alors à mieux vous cibler.
  • Personne ne paie encore. Le service est financé par des levées de fonds en attendant un modèle. C'est le cas le plus incertain : le modèle finira par arriver, et vous ne savez pas lequel.

Aucun de ces modèles n'est illégitime. Mais dans un contexte de séparation, où les informations portent sur des enfants, sur de l'argent et parfois sur un contentieux, le premier est le seul dont on puisse anticiper les effets.

5. Que deviennent les données de l'enfant

Un enfant mineur ne consent à rien. Ce sont ses parents qui déposent ses informations : son école, ses activités, son suivi médical, parfois ses difficultés. Ces données lui appartiennent pourtant, et il pourra un jour en demander l'effacement.

Deux points méritent d'être vérifiés. D'abord, les données de l'enfant sont-elles utilisées à des fins autres que le service lui-même — statistiques, entraînement d'un modèle, profilage publicitaire ? Ensuite, sont-elles conservées après la fin de l'abonnement, et combien de temps ?

Le point aveugle des applications gratuites destinées aux familles

Une donnée d'enfant est commercialement précieuse : elle indique un âge, un lieu, un niveau scolaire, des habitudes de consommation, et elle vaudra encore quelque chose dans dix ans. Quand un service familial est gratuit et sans publicité visible, la question de ce qui finance son fonctionnement mérite d'être posée franchement, avant d'y inscrire le prénom de vos enfants.

6. Ce que voit l'autre parent, et ce que voit l'éditeur

Dans un espace partagé entre deux parents, la confidentialité a deux dimensions que l'on confond souvent. Il y a ce que l'autre parent peut voir, et il y a ce que l'éditeur peut voir. Ce sont deux sujets distincts.

Sur le premier, exigez de la clarté : quels éléments sont partagés par nature, lesquels restent privés, et l'autre parent est-il averti quand vous consultez ou modifiez quelque chose. Un outil qui laisse planer le doute sur ce point alimente la méfiance au lieu de la réduire — exactement l'inverse de ce que vous cherchez.

Sur le second, la question est celle des accès internes : combien de personnes chez l'éditeur peuvent techniquement ouvrir votre espace, dans quelles circonstances, et ces accès sont-ils tracés.

7. Pouvez-vous récupérer vos données, et les supprimer

Le RGPD vous donne deux droits que tout service sérieux doit rendre utilisables en quelques clics, sans écrire à un support et sans attendre trois semaines.

La portabilité : obtenir l'ensemble de vos données dans un format exploitable. Pas une capture d'écran, pas un PDF de synthèse : vos données réelles, que vous pourriez importer ailleurs.

L'effacement : supprimer votre compte et ce qu'il contient. Vérifiez le délai annoncé, et ce qui est conservé au-delà. Certaines informations doivent légalement l'être, les factures notamment. Le reste ne devrait pas l'être.

Le test qui ne trompe pas

Avant de vous inscrire, cherchez dans le service ou sur le site comment on supprime son compte. Si vous trouvez la procédure en moins d'une minute, c'est bon signe. Si elle est introuvable, enterrée dans une page d'aide ou conditionnée à un courriel au support, vous savez déjà quel sera le niveau de respect de vos droits.

8. Que se passe-t-il si le service ferme ou change de mains

La question que personne ne pose, et qui décide pourtant du sort de vos données à long terme. Un service peut être racheté, cesser son activité, ou changer de politique de confidentialité. Dans une acquisition, les bases de données font partie des actifs transférés.

Deux protections concrètes existent. La première est l'export : si vous pouvez sortir vos données à tout moment, aucun changement ne vous prend en otage. La seconde est la politique de confidentialité elle-même, qui doit prévoir votre information préalable en cas de modification substantielle, et vous laisser le temps de partir.

9. Quels outils tiers l'application embarque-t-elle

La question la moins visible, parce qu'elle ne se voit pas dans l'interface. Une application mobile est rarement construite seule : elle embarque des kits de développement fournis par des tiers, pour mesurer l'audience, analyser le comportement des utilisateurs, envoyer des notifications ou afficher de la publicité. Chacun de ces kits est un logiciel étranger qui tourne dans l'application, avec ses propres serveurs et sa propre politique.

La CNIL a publié le 24 septembre 2024 une recommandation consacrée aux applications mobiles, modifiée le 8 avril 2025, et a engagé au printemps 2025 une campagne de contrôles ciblés. Elle y traite explicitement des fournisseurs de kits tiers intégrés aux applications pour la mesure d'audience et le ciblage publicitaire, et rappelle que le consentement doit pouvoir être refusé ou retiré aussi facilement qu'il est donné.

Le sujet n'est pas théorique dans notre secteur. Au moins une application de coparentalité disponible en France déclare, dans sa politique de confidentialité, l'usage d'un outil d'enregistrement de session, qui capture les écrans et les interactions de l'utilisateur, en plus d'un service de mesure d'audience américain. Nous ne la nommons pas : la politique de confidentialité est publique, et c'est précisément le document à lire avant d'installer.

Où trouver la réponse

Dans la politique de confidentialité, à la rubrique des sous-traitants ou des destinataires des données, et dans la fiche de l'application sur les magasins, section « confidentialité » ou « sécurité des données », que l'éditeur remplit lui-même. Si les deux sources ne disent pas la même chose, retenez la plus défavorable.

Nos réponses

Puisque nous venons de poser neuf questions, il serait malhonnête de ne pas y répondre nous-mêmes. Voici, point par point, ce qu'il en est pour Copalio.

La question La réponse de Copalio
1. Hébergement Dans l'Union européenne, chez un hébergeur professionnel européen. Aucun transfert hors Union européenne n'est nécessaire au fonctionnement du service.
2. Lecture des messages Messages et notes chiffrés en base, adresses de courriel jamais stockées en clair. Un accès direct au stockage ne donne rien de lisible. Nous ne consultons pas vos échanges et aucune fonction ne les expose à un tiers.
3. Intelligence artificielle Aucune fonction d'intelligence artificielle. Ni vos messages, ni vos notes, ni les informations sur vos enfants ne sont transmis à un modèle, interne ou tiers. Si cela devait changer, ce serait annoncé, activable au choix, et jamais par défaut.
4. Modèle économique Vous payez, et c'est tout : 5 €/mois ou 50 €/an pour toute la famille. Aucune publicité, aucune revente de données, aucun partenariat commercial dans l'interface, aucune levée de fonds.
5. Données des enfants Utilisées uniquement pour faire fonctionner le service : afficher un planning, calculer une balance, produire un dossier. Ni revendues, ni exploitées à des fins publicitaires, ni utilisées pour entraîner quoi que ce soit.
6. Visibilité Les deux parents ont le même espace et les mêmes droits : aucun n'en est propriétaire, aucun ne peut en exclure l'autre. Planning, frais, notes et messages sont partagés ; les événements peuvent rester privés.
7. Export et suppression Export complet au format ZIP depuis votre espace, sans demande préalable, planning exportable en iCal. La suppression de l'espace familial requiert l'accord de tous ses membres, pour qu'un parent ne puisse pas effacer seul un historique qui appartient aussi à l'autre.
8. Pérennité Édité par une entreprise individuelle française déclarée, sans investisseurs. Nous ne promettons pas l'éternité, personne ne le peut honnêtement : nous garantissons que vos données restent exportables à tout moment, y compris après une résiliation.
9. Outils tiers Aucun kit publicitaire, aucun enregistrement de session, aucune mesure d'audience par un tiers : la fréquentation du site est mesurée par nos propres pages, sans cookie. L'application mobile embarque un seul composant tiers, le service de notifications de Google, nécessaire pour délivrer les notifications sur téléphone ; il ne reçoit que ce qu'il faut pour les acheminer, jamais le contenu de vos échanges ni les informations de vos enfants. Le paiement et la connexion par un compte Google ou Apple s'ouvrent dans le navigateur, en dehors de l'application.

Deux précisions qui ne tiennent pas dans un tableau. Les paiements passent par un prestataire spécialisé : aucune donnée bancaire ne transite par nos serveurs ni n'y est conservée. Et les délais de conservation après résiliation figurent dans les conditions générales, avec les mentions légales qui imposent de garder certaines pièces, les factures notamment.

Un cas particulier : transmettre un dossier à un professionnel

Il arrive un moment où un avocat, un médiateur ou un juge doit recevoir tout ou partie de votre historique. C'est le moment où beaucoup de parents envoient par courriel des captures d'écran et des pièces jointes non protégées — la pire façon de faire circuler des informations sensibles.

Chez nous, le parent transmet son dossier ou sa synthèse par un lien sécurisé et chiffré, valable soixante jours et révocable à tout instant. Le professionnel n'a aucun compte à créer, rien à installer, rien à payer : il ouvre le lien, consulte, et c'est terminé. La page destinée aux professionnels détaille ce fonctionnement : Copalio pour les professionnels.

Questions fréquentes

Où sont hébergées les données d'une application de coparentalité ?

Cela dépend de chaque éditeur, et l'information doit figurer dans sa politique de confidentialité. Un hébergement dans l'Union européenne place les données sous le régime du RGPD. En l'absence d'indication claire, considérez que la question n'est pas traitée. Les données de Copalio sont hébergées dans l'Union européenne.

Une application de coparentalité peut-elle lire mes messages ?

Techniquement, oui, si les contenus sont stockés en clair — ce qui reste courant. Le chiffrement en base l'empêche. Posez la question directement à l'éditeur : la réponse, ou son absence, est instructive. Chez Copalio, les messages et les notes sont chiffrés et ne sont pas lisibles par l'éditeur.

Une application de coparentalité peut-elle envoyer mes messages à une IA ?

Oui, dès qu'elle propose une fonction de résumé, de reformulation, de détection de ton ou d'assistant. Un modèle ne peut traiter un texte que s'il le reçoit en clair : le contenu est donc déchiffré et transmis, souvent à un fournisseur tiers hors Union européenne. Vérifiez quelles fonctions appellent un modèle, où il tourne, si les contenus servent à l'entraîner et combien de temps ils sont conservés. Copalio n'utilise aucune fonction d'intelligence artificielle.

Que deviennent mes données si j'arrête mon abonnement ?

Vérifiez trois points chez tout éditeur : la possibilité d'exporter vos données avant de partir, le délai de suppression après résiliation, et ce qui est conservé au-delà pour des raisons légales. Ces éléments doivent figurer dans les conditions générales, pas dans un courriel du support.

En résumé : les neuf questions à poser

  • Dans quel pays les serveurs se trouvent-ils, et sous quel droit
  • L'éditeur peut-il techniquement lire vos messages
  • Vos contenus sont-ils envoyés à un modèle d'intelligence artificielle, et où
  • Qui finance le service, et donc à qui profitent vos données
  • Les informations de vos enfants servent-elles à autre chose qu'au service
  • Ce que voit l'autre parent, et ce que voient les équipes de l'éditeur
  • Pouvez-vous tout exporter, et tout supprimer, sans demander la permission
  • Que deviennent vos données si le service est racheté ou s'arrête
  • Quels kits tiers l'application embarque, et ce qu'ils voient

Vous n'obtiendrez pas toujours neuf réponses claires. Mais un éditeur qui répond franchement à ces questions vous a déjà dit l'essentiel sur la façon dont il traitera la vie de vos enfants.

À lire aussi

Sources. CNIL, « Applications mobiles : la CNIL publie ses recommandations pour mieux protéger la vie privée », recommandation du 24 septembre 2024 modifiée le 8 avril 2025, consultée le 28 août 2026. Dernière mise à jour : 3 septembre 2026 — ajout de la neuvième question sur les outils tiers.

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